Government Business : hauts fonctionnaires sacrifiés pour sauver la face ?


Il y a des décisions qui en disent long sur la manière dont un gouvernement gère le pouvoir. Et surtout… la responsabilité.

En l’espace de quelques jours, deux hauts fonctionnaires se retrouvent brutalement exposés, désavoués, voire poussés vers la sortie, pendant que les véritables décideurs politiques prennent soigneusement leurs distances. Deux dossiers différents. Un même parfum : celui du sacrifice administratif pour protéger le sommet.

Le cas du Dr Dhanandjay Kawol choque particulièrement au sein de la fonction publique. Celui qui occupait jusqu’ici le poste stratégique de Secretary for Public Service aurait été prié de prendre une retraite prématurée, alors qu’il lui restait encore trois années de service. Une sortie précipitée qui intervient après la polémique entourant la circulaire sur le « flexitime » et le « Work from Home ».

Pourtant, un élément fondamental dérange profondément dans cette affaire : les Cabinet Decisions du 10 avril faisaient bel et bien mention de mesures favorisant le télétravail et des aménagements d’horaires dans la fonction publique. La direction politique semblait donc assumée au plus haut niveau de l’État.

Alors une question s’impose : comment un haut fonctionnaire peut-il devenir l’unique responsable d’une orientation qui émanait du Conseil des ministres lui-même ?

Depuis quand les secrétaires permanents inventent-ils seuls des politiques publiques sans validation politique ? Et surtout, depuis quand les ministres disparaissent-ils complètement lorsqu’une décision devient impopulaire ?

Le message envoyé aujourd’hui à toute la haute fonction publique est glaçant : exécutez les décisions du pouvoir… mais préparez-vous à porter seuls le blâme si la tempête médiatique éclate.

Le deuxième épisode est venu renforcer ce malaise.

Au ministère des Affaires étrangères, un appel d’offres portant sur l’achat de deux « Highly Executive Saloon Cars » apparaît dans la presse. Immédiatement, l’opinion publique réagit. En pleine période de difficultés économiques, alors que la population serre la ceinture, l’image passe mal. Très mal.

Quelques heures plus tard, rétropédalage. Décision annulée. Discours de rigueur. Explications embarrassées.

Mais encore une fois, ce ne sont pas les décideurs politiques qui semblent porter la responsabilité publique du dossier. Un haut fonctionnaire se retrouve pointé du doigt. Comme si de telles procédures apparaissaient spontanément dans les ministères, sans validation, sans discussions internes, sans signal politique.

À ce rythme, les hauts fonctionnaires deviennent des airbags humains du pouvoir.

Quand une mesure passe bien, le mérite est politique. Quand elle tourne mal, la machine administrative devient soudainement coupable.

Cette culture du désaveu permanent risque d’avoir des conséquences lourdes sur l’État lui-même. Car une administration gouvernée par la peur devient une administration paralysée. Plus personne n’osera prendre initiative, interpréter une orientation ou appliquer une réforme sensible sans craindre d’être publiquement abandonné au premier bad buzz.

Le plus inquiétant dans cette séquence n’est peut-être même pas la polémique autour du Work from Home ou des voitures officielles. Le plus inquiétant, c’est ce réflexe grandissant consistant à préserver l’image politique coûte que coûte… même si cela implique de brûler publiquement ceux qui servent l’État depuis des décennies.

À force de sacrifier les fusibles, le pouvoir finit parfois par exposer son propre système électrique.

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