Diviser pour régner : la méthode Ramgoolam


Ramgoolam ou l’art de diviser pour mieux régner

Navin Ramgoolam est, sans conteste, un fin tacticien politique. Son parcours en témoigne. L’histoire politique mauricienne lui attribue volontiers le rôle de rassembleur. Mais derrière cette image soigneusement entretenue, une autre lecture s’impose : celle d’un stratège qui maîtrise à la perfection un principe vieux comme la politique elle-même — diviser pour mieux régner.

Une approche qui, au fil des années, semble s’être répétée avec une régularité troublante.

1997 : la première fracture majeure

L’alliance PTr-MMM, pourtant porteuse d’espoir, implose brutalement. Le point de rupture : la révocation de Paul Bérenger du poste de Vice-Premier ministre.

Le MMM claque la porte du gouvernement. La quasi-totalité de ses figures reste solidaire du parti, à une exception notable près : Rashid Beebeejaun, qui choisit de rester aux côtés du PTr. Déjà, un premier signal apparaît : affaiblir l’allié en captant certains de ses éléments clés.

2011 : l’éclatement de l’alliance gouvernementale

À peine un an après les élections de 2010, l’alliance PTr-MSM-PMSD se fissure. La rupture ne se fait pas sans conséquences internes pour le MSM. Prathiba Bholah, Jim Seetaram et Mireille Martin quittent leur parti pour rester au gouvernement sous la bannière travailliste.

Le scénario commence à se répéter. La désintégration d’un partenaire politique s’accompagne d’un repositionnement stratégique de certains de ses membres, au bénéfice direct de Ramgoolam.

2014–2015 : l’onde de choc au MMM

La défaite électorale de décembre 2014 marque un tournant, mais ses répercussions dépassent largement le cadre d’un scrutin perdu. Le MMM entre dans une phase de turbulences profondes. Alan Ganoo, Kavi Ramano, Lysie Ribot, Dev Ramnah, entre autres, quittent le parti, fragilisant durablement sa structure.

Si ces départs trouvent en partie leur origine dans des tensions internes, beaucoup y voient également une influence plus diffuse, mais bien réelle : celle d’un système politique qui ne détruit pas frontalement, mais qui use, fragilise et laisse imploser.

2024 : fracture au sein du PMSD

L’histoire semble se répéter, presque mécaniquement. Dans le cadre de l’alliance PTr-MMM-PMSD, les tensions finissent par faire éclater le PMSD. Après le retrait du parti de la coalition, une recomposition rapide s’opère.

Richard Duval et Kushal Lobine prennent leurs distances avec leur formation, participent à la création du ND, avant de s’aligner politiquement avec le PTr. Une fois encore, le schéma se répète : fragmentation d’un allié, puis absorption de ses figures clés.

2026 : vers l’implosion finale ?

Aujourd’hui, un nouveau chapitre semble s’écrire. Si la rupture entre Paul Bérenger et ses partenaires venait à se confirmer, le MMM pourrait faire face à une hémorragie sans précédent.

Les noms qui circulent, Rajesh Bhagwan, Reza Uteem, Arianne Navarre-Marie, Aadil Ameer Meea, Ajay Gunness, ne sont pas anodins. Ce sont des piliers. Et lorsque les piliers vacillent, c’est toute une structure qui menace de s’effondrer.

Une stratégie constante, un paysage politique fragilisé

Au fil des décennies, un même mécanisme semble se dessiner, presque immuable. Les alliances se forment dans un discours d’unité, puis se brisent dans des rapports de force de plus en plus visibles. À chaque rupture, certains éléments basculent, recomposant le paysage au profit d’un centre de gravité unique.

Cette mécanique, redoutablement efficace sur le plan politique, n’est pas sans conséquences. Elle installe une instabilité chronique, érode la confiance et transforme les alliances en arrangements temporaires plutôt qu’en projets durables.

Conclusion : le rassembleur… ou le diviseur ?

Navin Ramgoolam restera une figure centrale de la politique mauricienne. Mais son héritage demeure profondément débattu. Rassembleur pour les uns. Diviseur pour les autres. Car derrière chaque alliance qu’il noue, une question persiste, presque inévitable : combien de temps avant la prochaine fracture ?

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