On jette l’eau douce pour racheter de l’eau salée : la brillante stratégie mauricienne


À Maurice, il pleut. Parfois beaucoup, parfois trop. L’eau déborde, ruisselle, remplit les rivières, puis disparaît tranquillement dans la mer sous les yeux de tout le monde. Un spectacle presque banal, presque accepté. Mais là où certains voient un gaspillage monumental, d’autres semblent y voir une opportunité : celle d’aller récupérer cette même eau… une fois qu’elle est devenue salée. Car oui, pendant que des millions de mètres cubes d’eau douce s’échappent à chaque grosse averse, l’idée qui émerge n’est pas de mieux la capter, la stocker ou la gérer. Non. L’idée, c’est de pomper l’eau de mer pour la dessaler. Il fallait oser. Et surtout, il fallait ne pas voir l’ironie.

On nous explique que le modèle existe déjà ailleurs, notamment à Rodrigues. Et c’est vrai. Sauf que comparer Rodrigues à Maurice sur le plan hydrique relève presque de la poésie absurde. Deux réalités différentes, deux contraintes différentes, deux logiques différentes. Mais dans cette nouvelle approche, les nuances semblent être un luxe. Une île reste une île, après tout. Pourquoi s’embarrasser de détails quand on peut importer une solution toute faite et la poser comme un pansement sur un problème qu’on refuse de regarder en face ?

Car le vrai problème à Maurice n’est pas un manque d’eau. Il est dans la gestion de l’eau. Il est dans ce paradoxe presque caricatural d’un pays où il pleut suffisamment pour remplir des réservoirs entiers, mais où l’on laisse filer cette ressource précieuse vers l’océan faute d’infrastructures adaptées. Construire des barrages, moderniser les systèmes de captage, optimiser le stockage, réduire les pertes : autant de solutions évidentes, presque trop simples pour être séduisantes. Elles manquent de glamour. Elles ne font pas rêver. Elles ne donnent pas cette impression de modernité technologique qu’apporte une usine de dessalement.

Alors on choisit le spectaculaire. On choisit le complexe. On choisit de transformer un problème de gestion en défi technologique. Quitte à dépenser plus, consommer plus d’énergie, et créer une dépendance à une solution qui, dans le fond, ressemble à un détour coûteux pour éviter d’aller droit au but. Pendant ce temps, la pluie continue de tomber. Les rivières continuent de se remplir. Et l’eau continue de partir.

C’est peut-être ça, finalement, le nouveau cycle de l’eau à la mauricienne. L’eau tombe du ciel, on la laisse filer dans la mer, puis on la récupère avec effort et à grand coût pour la rendre à nouveau potable. Une boucle presque parfaite, si ce n’est qu’elle repose sur une absurdité assumée. Mais après tout, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? À ce rythme, il ne manquerait plus que l’on décide un jour d’importer de l’air pur, simplement parce qu’on aura négligé de préserver ce que l’on avait déjà. En attendant, regardons la pluie tomber avec une certaine nostalgie. Parce qu’un jour, peut-être, on nous la revendra.

Previous Images choques : nos singes, leur souffrance, notre silence
Next BREAKING NEWS – VAGUE DE DÉMISSIONS AU MMM : LA RÉGIONALE N°4 VACILLE